Zaz

ZAZ tournée Clermont-Ferrand Interview

Zaz

huis clos

© Yann_orhan

Vous ne l’aviez peut-être plus entendue depuis plusieurs années sur les scènes ou les ondes françaises et pourtant, Zaz ne s’est pas reposée. Après le carton de son dernier album, elle a fait le tour du monde pour transporter son énergie et sa positive attitude. Amérique du Sud, Russie, Pays-Bas, Québec, Espagne, ou encore République Tchèque, Japon et tant d’autres pays où l’artiste remplit les salles. Elle vient de sortir son nouvel album Effet miroir et nous a accordé le privilège d’un joli moment d’humanité alors que sa tournée est déjà lancée. Rencontre avec l’une des artistes françaises les plus connues de la planète : Zaz !

Tes débuts dans la musique : le conservatoire à 5 ans ?

Oui, j’ai fait le conservatoire de Tours. C’était très académique mais ça m’a donné les bases. Le violon m’a permis de développer mon oreille. Ensuite, mes parents se sont séparés et nous sommes partis dans le Sud Ouest. Mais c’est beaucoup plus tard que j’ai vraiment découvert la musique dans sa globalité. Le jazz, le gospel, la musique cubaine, la soul… Mon premier groupe était un groupe de blues de reprise. Puis rapidement, j’ai obtenu mon statut d’intermittente du spectacle. Puis l’aventure parisienne.

Tout au long de ta carrière, penses-tu avoir forcé la chance ou avoir su saisir les bonnes opportunités ?

Je ne sais pas en tout cas je me rappelle que mon chef d’orchestre pensait que je ne leur laissais pas le choix. Qu’il devait s’adapter à moi plutôt que l’inverse. Du coup, effectivement, j’ai peut-être un peu forcé les choses. Mais c’est ma nature, j’ai besoin d’expérimenter et de changer quand je me lasse.

Voilà plusieurs années que nous ne t’avons pas vue en France ?

En fait, c’est surtout que j’ai fait énormément de scènes à l’étranger. Je ne me suis pas vraiment arrêtée comme on pourrait le croire. Récemment, je me suis lancé dans la production. Je produis d’ailleurs Gipsy Traffic, c’est un album du guitariste qui me suit depuis tant d’années. Je suis très fière de cette première en tant que productrice.

Tu viens de sortir un nouvel album « Effet Miroir ». Pourquoi ce nom ?

Je l’ai choisi car il traduit ce que j’observe du monde avec mes propres filtres. C’est un peu comme un reflet.

Comment s’est articulé cet album ? Des textes que tu as composés avec d’autres qu’on t’a proposés ?

C’est toujours le cas effectivement. Par exemple pour « Résigne-moi », on m’a écrit la chanson mais je n’aimais pas la mélodie que j’ai donc réécrite. Pour « Ma valse », c’est venu tout seul à 5h du mat’, je l’ai enregistrée dans la foulée sur dictaphone. D’autres fois j’ai aussi eu des idées d’arrangements comme quand je suis allée chercher Patrick Watson pour la chanson « Me souvenir de toi ». Il y a eu énormément de collaborations extérieures sur ce disque, c’est ce qu’il le rend si éclectique.

Une chanson sur la Laponie ?

Oui j’ai eu la chance de voyager là-bas et sur le retour je me suis mis à écrire. J’ai voulu « parler le texte » et j’ai trouvé que ça fonctionnait vraiment bien. Le public adore cette chanson d’ailleurs. C’est un album où je me suis beaucoup investie sur la production. J’ai essayé des choses que je n’osais pas auparavant comme chercher des textures de sons par exemple. Une collaboration plus étroite avec les ingénieurs du son, de la lumière…

« Qué vendrá », chanson de l’album, est en quelque sorte un hymne à l’optimisme ?

Effectivement, c’est l’idée qu’on ne sait pas ce qui nous attend alors autant imaginer que ce soit le meilleur. Que la vie nous fait traverser des épreuves et que celles-ci doivent nous aider à trouver les outils pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Tu es cofondatrice d’un festival citoyen à Crussol, peux-tu nous en dire quelques mots ?

J’aime l’idée de faire un festival. Un lieu où les gens peuvent se rencontrer, discuter, échanger, réunis grâce à la musique. On le voulait éthique, on a donc créé un village gratuit avec la présence de nombreuses associations, d’acteurs locaux. L’idée étant de créer du lien car on pense que le changement ne peut être que local. Réfléchir à comment améliorer notre société, ça me plaît.

C’est quoi le monde idéal pour Zaz ?

Un monde où les gens seraient tolérants, où on accepte l’autre sans jugement. C’est aussi accepter que certains aient besoin de plus de temps pour prendre conscience de l’état de notre société.

Tu as énormément voyagé. Cela a-t-il changé ta vision du monde ?

Oui forcément. Voyager c’est avant tout rencontrer l’autre.

Un mot également sur Zazimut ?

Le principe est de mettre en lumière des associations de type ONG. Dans chaque ville où nous passons, nous cherchons une association qui défend certaines valeurs que nous soutenons et nous lui permettons de la présenter au public.

Pour revenir à l’album, tu testes tes chansons sur scène en amont ? Un risque calculé ?

Oui effectivement. On a fait une tournée dans des salles un peu plus petites pour présenter ces chansons. Les gens ne les connaissaient pas et l’accueil a été exceptionnel. L’idée de cette tournée étant aussi que les recettes soient versées au profit de Zazimut.

D’où tiens-tu cette énergie communicante quand tu chantes ou lorsqu’on a la chance de te parler ?

En fait à un moment j’ai décidé tout simplement de bannir de mon vocabulaire certains concepts négatifs. J’ai aussi arrêté de regarder la télé depuis 15 ans !

Un mot sur la scénographie ?

Sur ce sujet, nous avons beaucoup travaillé avec notre ingénieur lumière, Nicolas, avec qui je collabore depuis très très longtemps. Il me connaît parfaitement, c’est un écorché vif comme moi d’ailleurs. Je lui ai fait totalement confiance et le résultat déborde de créativité et de sensibilité.

On n’a peu d’artistes français qui ont des carrières internationales comme toi, comment l’expliques-tu ?

Je le prends comme un privilège, c’est extraordinaire de remplir des salles dans le monde entier : Canada, Japon, République Tchèque, Italie, Russie, Angleterre, États-Unis, l’Amérique Latine et même les Pays-Bas et tant d’autres. On fait d’ailleurs plus d’entrées à l’étranger qu’en France, comme au Québec par exemple où on ouvre une jauge à 12 000 places !

Il y a une phrase qui résume bien cette situation : « on ne comprend pas ce qu’elle dit mais on reçoit ce qu’elle donne ».

La chanson Saint-Valentin : un hymne à tous les célibataires, à l’amour ?

Juste pour dire que même si tu es tout seul, tu n’es pas obligatoirement malheureux. Que l’amour ça commence par l’amour de soi. C’est aussi ça l’effet miroir, tu ne peux pas être bien avec les autres si tu n’es déjà pas bien avec toi-même.

Quand Zaz a un peu de temps libre, quels sont ses  petits moments de bonheur ?

La peinture j’adore. Sinon, dès que je peux j’aime être dans la nature, dans les montagnes. D’ailleurs je ne comprends toujours pas pourquoi je vis encore à Paris [rires].

Quel style de musique écoutes-tu ?

Vraiment de tout. Hip-hop, jazz, funk, rock, de la pop, de la musique mauricienne, de l’électro…

Y a-t-il un artiste français ou international avec qui tu aimerais faire un duo ?

Plein ! Avec Stevie Wonder ça serait génial.

Un thème ou une cause dont tu voudrais parler ?

La discrimination, c’est insupportable. Et l’écologie pour laquelle on discute beaucoup mais ce n’est plus le moment de discuter, il faut agir !

Info+ 

 11 avril - 20h0 • Zénith d’Auvergne - Cournon d'Auvergne • www.zenith-auvergne.com

Propos recueillis par Sébastien Lê, parus dans Octopus Magazine d'avril 2019