Tété

Tété tournée Clermont-Ferrand Riom Interview

Tété

huis clos

© Jerome Juv Bauer

Tété a sorti Fauthentique, son septième album, et vient de débuter sa tournée. Il sera à la Puce à l’Oreille, à Riom, le 5 avril. Cet artiste bourré de talent est resté celui qu’il était. Il n’a rien perdu de son envie de dire, de chanter, de jouer, de monter sur scène. Et il le fait en toute discrétion et humilité. Nous l’avons rencontré juste avant son départ sur les routes.

Vous avez été révélé en 2001 avec L’air de rien. Deux ans plus tard, À la faveur de l’automne était disque d’or. Une quinzaine d’années plus tard, quel regard portez-vous sur vos débuts, sur votre carrière ?

Je le vois comme un cheminement au long cours bordé de belles rencontres, de beaucoup de chance. Vous évoquez À la faveur de l’automne et cette chanson a vraiment été un déclencheur. C’est un morceau très important pour moi, car c’est par lui que le public a découvert mon répertoire. Je prends toujours autant de plaisir à la jouer. C’est important de partager ce morceau à nouveau sur scène, avec les gens qui m’ont suivi à l’époque et qui reviennent me voir, et ceux qui me découvrent.

Vous venez de sortir votre 7e album, trois ans après Les chroniques de Pierrot Lunaire. Que s’est-il passé pendant ces trois ans ?

En trois ans, on a fait une bonne année de concerts en France, mais aussi au Japon, en Allemagne… Notre tournée s’est terminée fin 2017. J’ai commencé à écrire le dernier album. À la fin de la tournée, j’en avais composé la moitié. Ensuite, ça a été une année à la maison, pour terminer le travail. J’ai aussi eu la chance de travailler pour d’autres artistes, notamment Fréro Delavega, Amir, Tal.

Comment avez-vous composé cet album ? Dans quelles conditions l’avez-vous réalisé ?

Il y a eu beaucoup d’investissement sur cet album. J’ai beaucoup travaillé avec Johan Dalgaard, un musicien exceptionnel, entre autres celui qui a coproduit le dernier album d’Alain Chamfort. On voulait un album avec des sons programmés mais organiques, des sons concrets. Un fois que nous avons trouvé la formule à ce niveau, nous avons travaillé chacun de notre côté et on se voyait pour confronter nos idées. La base de l’album, ce sont les parties guitare-voix. À la base, je suis guitariste chanteur donc je me devais de partir de là. J’ai donc tout construit autour de ça. À part quelques pianos et claviers live, tout est programmé. On arrive à un disque assez aéré, pas trop chargé au niveau du son, comme on le voulait au départ, mais on a gardé le côté guitare qui reste ma signature. En fait, on a fait en sorte de s’adapter aux musiques actuelles tout en restant proche de ce que je suis, mon identité.

Quelles sont vos influences ?

J’aime beaucoup le jazz américain, les Beatles, par exemple. Par là-dessus, je dirais que je suis attiré par les musiques de l’âme : le blues, la soul, la pop… Mon album s’inspire de tout ça, mais aussi de ce qui sort en ce moment. J’ai écouté beaucoup de choses. En ce moment, j’écoute Charlotte Cardin, Yoshi dont j’apprécie énormément la voix. Internet offre des possibilités énormes de découverte, dans tous les styles et il y a des choses vraiment bien…

Justement, sur votre album, vous parlez d’Internet et du monde connecté…

Oui, en effet, le morceau Week-end sans wifi y fait directement référence. Quand on fait une recherche précise sur Internet, on se rend compte, et moi le premier, qu’au bout de 2 heures, on y est toujours et en train de se « documenter » sur un sujet bien éloigné et qui ne nous intéresse pas toujours. La question se pose alors de savoir si notre intention nous appartient encore.

C’est un peu la question que vous posez tout au long de votre album qui a d’ailleurs pour titre Fauthentique

Pour ce disque, tout est parti de la chanson King Simili qui raconte l’histoire des plus grands faussaires de tous les temps. L’idée du faussement authentique est vite apparue comme celle à mettre en avant. Ce n’a pas été difficile ensuite de trouver des thèmes d’actualité en rapport avec cette idée. Je les ai traités à ma façon.

Vous pensez avoir un rôle à jouer en tant qu’artiste ?

Si je devais avoir un rôle à jouer, c’est surtout de poser des questions. Mon album, justement, pose la question de la différence entre le vrai et le faux. Et, la réponse à cette question dépend de la perception que l’on a des choses. Mais, notre perception nous appartient-elle encore ? À travers toutes ces chansons, je pose les questions fondamentales de la conception que l’on a de nous-mêmes, de notre manière de vivre avec les autres, d’être citoyen. Dans Tout doit disparaître, par exemple, j’aborde les soldes et, par ce biais, un paradoxe : d’un côté les gens souffrent de ne pas pouvoir consommer comme ils le désirent et ils savent que s’ils continuent à consommer comme ça, ils vont, en quelque sorte, vers une auto-destruction.

Comment vous positionnez-vous dans le monde que vous nous décrivez ? Tété, c’est quoi aujourd’hui ?

Tété, aujourd’hui, est toujours un conteur d’histoires, un chroniqueur de son temps volontiers narquois mais pas que. Ce qui me rend le plus heureux, c’est de pouvoir continuer à faire ce métier. Maintenant, ça fait 20 ans. La musique évolue avec son temps et on peut dire que la mode de la guitare acoustique est passée. Donc, pour moi, c’est une chance énorme, un luxe de pouvoir continuer à faire ça.

Après le studio, vous allez partir en tournée. Vous pouvez nous en dire un peu plus à propos de votre show ?

J’ai pris un plaisir énorme à réaliser l’album en studio, mais le but est de le défendre sur scène et j’ai vraiment hâte. Nous serons deux sur scène, avec un bassiste. Et il y aura aussi un orchestre et un décor imaginaires, pour aller avec le fil rouge de l’album, mais je ne peux pas en dire plus. Le public assistera à 2 heures de musique chaude, jouée avec le cœur, qui s’écoute avec le cœur et avec les pieds. Nous jouerons des anciens morceaux et j’en suis très content, mais j’ai aussi vraiment hâte de jouer les nouveaux…

Info+ 

► 5 avril - 20h45 • La Puce a l’Oreille - Riom • www.lapucealoreille63.fr

Propos recueillis par Corinne Chesne, parus dans Octopus Magazine d'avril 2019