Michaël Jérémiasz

Michaël Jérémiasz

Interview
mi-temps

Après des Jeux Paralympiques réussis pour une équipe de France qui remporte 28 belles médailles, le porte-drapeau et « capitaine » de la délégation 2016, Michaël Jérémiasz, revient sur l’aventure brésilienne.

·         Comment avez-vous appris que vous seriez le porte-drapeau des Jeux paralympiques 2016 ?

J’ai reçu un appel au mois de février du président de la Fédération Française Handisport. C’était assez marrant comme coup de téléphone, de voir cette curiosité de la part du président. Ce n’était pas encore une proposition officielle, et toute façon, je n’étais pas encore qualifié pour les Jeux Paralympiques, mais c’était une idée qu’il avait eu, il me voulait moi pour ces Jeux. Ensuite, il y a eu des discussions et des propositions en interne avec le comité paralympique. Puis je l’ai su quelques semaines avant l’annonce officielle.    

·         Qu'avez-vous ressenti lorsque Teddy Riner vous a remis le drapeau français ?

De la fierté, mais je l’ai ressentie bien avant. Là, c’était le symbole, sur le perron de l’Élysée avec François Hollande. C’était un beau clin d’œil, comme une reconnaissance. Il y avait alors un vrai lien, une vraie connexion entre la famille Olympique et la famille Paralympique et plus généralement la famille du sport. Peu importe qu’on fasse deux mètres ou qu’on soit assis dans un fauteuil roulant, il n’y a pas de distinction. Nous sommes des athlètes français et nous représentons notre pays sans distinction. Je crois que c’est la première fois dans l’histoire, qu’il y a une telle union entre ces deux « familles ».

·         Comment avez-vous vécu ces Jeux paralympiques ?

C’était vraiment intense, avec beaucoup d’émotions, beaucoup de partage, une proximité que je n’avais jamais vécue. Avec les athlètes, le staff, la délégation française au complet. C’est ce que moi je voulais en tant que porte-drapeau : créer cette ambiance et la partager. Après, à titre personnel et sportif, j’ai eu une petite frustration car ça aurait été encore plus sympa de finir ma carrière sur une médaille, mais j’ai vécu des choses que peu d’athlètes ont eu la chance de vivre.

·         Est-ce difficile d'être le « capitaine » de la délégation française ?

C’était épuisant, mais pas difficile. Épuisant parce que j’ai eu beaucoup de sollicitations, avec les médias, les partenaires, la fédération, l’institution, le gouvernement… auxquelles j’ai répondues intégralement. Je crois que je n’ai refusé aucune interview pendant la période de préparation. Mais c’était un choix. Je voulais endosser ma responsabilité de porte-drapeau et tenir mon engagement, ce qui m’a permis de donner un vrai coup de projecteur sur le paralympisme et sur le handicap de manière générale en France. C’est le parti que j’ai pris.

·         Êtes-vous satisfait des performances de la France en général (28 médailles) ?

Oui, au final je suis fier de cette équipe de France, de son état d’esprit, de sa combativité et de sa solidarité. Énormément d’athlètes se sont mobilisés pour les autres dès qu’ils avaient du temps et ça c’est génial, c’est fort. Ensuite il y a eu quelques petites frustrations, quelques petites déceptions. On a eu pas mal de quatrièmes places et ça, même pour les sportifs de haut niveau, c’est très frustrant.    

·         Vous allez bientôt prendre votre retraite sportive... regrettez-vous de ne pas avoir remporté de médaille pour vos dernières paralympiades ?

Non, non pas de regrets. Sur le moment j’ai eu de la frustration. C’est toujours plus sympa de gagner une médaille. Encore une fois, moi j’ai eu la chance de gagner quatre médailles (lors de précédentes paralympiades, ndlr) deux fois le bronze, une fois l’argent, une fois l’or… Je suis quelqu’un d’assez optimiste et rationnel. Quand je regarderai ma carrière dans 10 ans, je ne pense pas que je me dirai « je suis passé à côté d’une cinquième médaille parce que, peut-être que, j’ai répondu à trop de médias pendant les deux mois qui ont précédés les Jeux »… Je me souviendrai plutôt que j’ai quasiment tout gagné, que j’ai quatre médailles, j’ai été numéro 1 mondial. J’ai aussi eu d’énormes privilèges et j’ai été porte-drapeau. C’est pas du tout un sujet qui fâche, surtout que ça ne s’est joué à quasiment rien. Je ne vois pas ça comme une contre-performance.  

·         Quels sont vos projets après votre carrière sportive ?

J’ai plein de projets. De manière très pratique, j’ai déjà commencé à travailler. J’ai lancé mon entreprise de consulting, avec notamment du conseil pour tout ce qui est handicap dans l’entreprise, du service RH au service communication. J’ai aussi monté, il y a presque 6 ans maintenant, deux structures : l’entreprise sociale Handiamo qui accompagne la gestion de carrière de sportifs handicapés de haut-niveau. Et de la sensibilisation au handicap en entreprise. En parallèle, j’ai l’association Comme les Autres qui accompagne les personnes handicapées. Des structures implantées depuis quelques temps maintenant et qui continuent de se développer.       

·         France Télévisions a retransmis seulement pour la première fois cette les Jeux paralympiques en direct. Sentez-vous que le handicap est très mal représenté dans les médias ?

Il n'est pas « très mal » représenté mais il n’est pas encore suffisamment bien représenté.  Ça fait des années que je mets de la pression pour qu’il y ait une retransmission. Pendant les Jeux de Sotchi, il n’y avait eu que 5 heures de direct. A l’époque j’étais consultant pour France 4, je commentais le ski alpin. C’était une première et nous avions eu de très bons retours de la part du public car sur les mêmes tranches horaires, les audiences étaient très bonnes. Pour les jeux de Rio, il y a eu 14 millions de spectateurs cumulés pour les Paralympiques contre 40 millions pour les Olympiques. On pourrait se dire que c’est quasiment quatre fois moins, mais 100 heures de direct par rapport à 700 ou 800 heures, on est sur de très bonnes audiences. L’idée, c’est de montrer ça au grand public et que ça puisse inspirer un certain nombre de jeunes, de rassurer un certain nombre de familles sur le rapport qu’on a avec notre handicap, avec notre corps et à quel point un avenir par le sport est possible, même s’il y a d’autres objectifs. Il y a encore beaucoup de boulot.               

·         Selon vous, y a-t-il des actions à mener pour améliorer cette représentativité ?

Aujourd’hui, dans les médias, le handicap est associé aux émissions dans lesquelles on parle de souffrance, de victimes ou d’accidents… L’idée c’est qu’il y ait un équilibre, que ça ne résonne pas qu’avec ça. Et donc les médias, les politiques, l’associatif, les entreprises, tous les secteurs ont leur responsabilités.  Il faut par exemple donner un accès aux enfants handicapés à l’école publique, mélanger enfants valides et enfants handicapés… Ensuite, il faut donner accès aux personnes handicapées de la même manière, à l’emploi ou à la formation à l’emploi. On a deux fois plus de chance d’être au chômage lorsqu’on est handicapé. Puis avoir un accès au sport, à la culture, à la sexualité, à l’amour, à la parentalité…comme avec les débats sur la PMA (Procréation Médicalement Assistée) qui ne concernent pas seulement les personnes homosexuelles, mais l’ensemble de l’humanité. Mon combat, c’est que les personnes handicapées soient considérées comme des citoyens à part entière, par comme des citoyens de seconde zone.

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