Les Frères Sisters

Les Frères Sisters

L’utopie du rêve américain ; la réalité du Far West
pop corn

Un western de Jacques Audiard ? Même si l’équipe du film s’attache à présenter cette œuvre comme un film d’époque et non un western… finalement peu importe. L’importance n’est pas le cadre mais le fond. Le fond d’un film à l’intrigue multiple, un film surprenant et d’une violence aussi intense que maîtrisée.

Face à l’annonce d’un tel évènement – Jacques Audiard se détache de ses sentiers battus en s’attaquant à un genre nouveau pour lui – difficile de ne pas être désarçonné et surpris. Mais la surprise est souvent instigatrice d’originalité. À partir d’une œuvre littéraire parue en 2011 et signée Patrick deWitt, le réalisateur français se plonge et nous immerge dans l’Ouest américain en pleine ruée vers l’or. À travers deux parcours, celui des fuyards et celui des chasseurs, l’intrigue se développe mêlée à la noirceur d’un jeu d’ombre et de lumière à la fois visuel et psychologique. Les acteurs (Joaquin Phoenix ; John C. Reilly ; Jake Gyllenhaal ; Riz Ahmed) jouent leur rôle à la perfection : bien que les personnages soient particulièrement lisibles, il est difficile d’escompter leurs intentions avant qu’ils ne passent à l’action. Le résultat est un doute constant quant à ce qui va suivre. C’est grâce à cela qu’Audiard nous tient en haleine tout au long des 120 minutes du film. Ajoutez à cela des idées singulières qui, comme la scène d’ouverture, nous absorbent dans une incertitude haletante grâce à une mise en scène bien pensée, dissimulant une action qui se passe pourtant devant nos yeux. À l’image du cinéma d’Haneke, la violence véritable, courante dans le monde filmé d’Audiard, peut prendre vie : sans être montrée, mais plutôt inspiré par l’imagination d’un spectateur conscient de ce qui se déroule dissimulé dans l’ombre.

Critique de novembre 2018

Info+ 

► en salle jusqu'au 30 octobre au Ciné Capitole