Le procès du siècle

Le procès du siècle

Le récit du déni de l’Histoire
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Le procès du siècle est un film de Mick Jackson (Volcano, Temple Grandin) sorti en 2016 aux Etats-Unis et en 2017 en France et au Royaume-Uni. Il est l’adaptation de l’ouvrage « History on trial : My day Court with a Holocaust Denier » de l’historienne Deborah Lipstadt, racontant sa propre histoire. L’intrigue repose sur l’issue du procès entre David Irving et Deborah Lipstadt, une affaire dans laquelle la réalité historique de la Shoah est remise en question.

« Denial ». Littéralement le « déni ». C’est ainsi que l’on catégorise les personnes (en anglais les deniers) qui ne croient pas aux chambres à gaz et à la Shoah. Ici le négationniste, c’est David Irving, joué par Timothy Spall (Peter Pettigrow / Harry Potter). Il interprète le rôle d’un écrivain qui s’attaque à Deborah Lipstadt (Rachel Weisz) au sujet de ses travaux sur le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale. Le procès s’est tenu en Angleterre en 2000. Ce film nous montre le parcours de l’historienne et son intention de démontrer le non-fondement des théories d’Irving et non pas la véracité de l’holocauste. 1h50 de suspens, de rebondissements, mais surtout la crainte d’un jugement favorable à David Irving. Il est vrai que ce film fait réfléchir. Sans renier la liberté d’expression, cette histoire dénonce le droit d’énoncer des propos infondés et ce, de façon délibérée.

 

La remise en cause de l’Histoire

A travers ce procès, dans lequel aucun Juif ne témoignera, on comprend que l’Histoire est plus importante qu’une simple opinion. David Irving a, semble-t-il, été influencé par les travaux d’un autre historien négationniste, Fred Leuchter, qui a bouleversé son jugement quant à l’existence de la Shoah. Ce film est haletant, sans pour autant succomber à l’émoi. Il y a un certain refus d’apitoyer le spectateur. Des faits et uniquement des faits. Il est vrai que, ne voir témoigner personne au cours de ce procès est assez déroutant. Le procès ne peut pas se terminer sur un jugement favorable à David Irving. Cela légitimerait ses propos et créerait une jurisprudence quant à la liberté d’expression sur les sujets comme les chambres à gaz ou encore le massacre des Juifs. On se demande tout au long du film qui va gagner ce procès. Plus qu’un simple procès, c’est la remise en cause de faits historiques. Chaque fois que les parties plaident, on reconnaît la véracité de chaque argument, quitte à nous convaincre que David Irving a raison. Mais la défense est très bien menée. Le réalisme est frappant. On ne cède jamais aux pleurs, même si les passages tournés dans les ruines des camps d’Auschwitz sont forts en émotions. D’ailleurs c’est la froideur des avocats, enclins à une stratégie basée sur des arguments factuels, qui est en contradiction avec la défense proposée par Deborah, plus humaine. Cette sorte de huis-clos historique est le théâtre d’une remise en question de la liberté d’expression. Peut-on tout dire et tout penser ?