JÉRÉMY FRÉROT

Jérémy Frérot tournée Clermont-Ferrand Interview

JÉRÉMY FRÉROT

huis clos

© Yann_Orhan

Après son succès phénoménal avec Fréro Delavega, Jérémy Frérot prend son envol en solo. Après un premier album sorti en octobre dernier et une dizaine de concerts, « l’homme nouveau » reprend la route, avec la suprême envie « d’emmener les gens ailleurs ». Rencontre quelques jours avant le début de sa tournée. 

Vous allez bientôt partir en tournée, après avoir fait quelques dates pendant un mois. Comment ça s’est passé ? Comment vous préparez-vous ?

Je suis à Grenoble en résidence depuis 15 jours. On travaille la musique et le côté scénique, en vue des prochaines dates. On va faire des dates plus « grosses », des festivals, donc il faut adapter notre prestation scénique à ce type de scènes. Pour les premières dates, nous étions trois musiciens, là nous allons être quatre. Le côté visuel est également à travailler. En tout cas, ça fait vraiment du bien de repartir sur autre chose, de monter sur scène seul et de se rendre compte que je me plais toujours autant à faire ça. 

 

Avec Fréro Delavega, nous étions deux. Là, c’est une autre manière de fonctionner qui prend beaucoup plus d’énergie. Quelque part, j’ai aussi un peu de pression supplémentaire.

Vous travaillez avec les mêmes personnes qu’avec Fréro Delavega. Pourquoi ce choix ?

Je garde la même équipe sur la tournée qu’avec Fréro Delavega, ce qui est plutôt rare dans le milieu. Sur l’album, j’ai également travaillé avec les mêmes personnes, car j’ai voulu garder cette énergie. Ce sont des gens que je connais bien, qui me connaissent, avec qui ça se passe très bien, avec qui on s’entend bien, donc c’est beaucoup plus facile de travailler. C’est une continuité pour faire quelque chose de différent, c’est ce qui est intéressant. Ça a marché et ça marche encore.

Pour réaliser votre album Matriochka, vous dites vous être inspiré de La Formule de Dieu de José Rodrigues Dos Santos, des Dernières Nouvelles du cosmos de Julie Bertuccelli et de Asgeir. Du bien joli monde… Vous pouvez nous en dire plus ? Apparemment, vous vous posez beaucoup de « questions existentielles »…

Je me pose des questions en effet, mais je cherche surtout et je veux des réponses. Je veux de la culture, j’ai une grande envie d’apprendre, je lis beaucoup. J’en parle donc dans mon album. C’est une façon pour moi de me démarquer, de ne pas faire comme tout le monde, sans prétention aucune. Mon album aborde plein de thèmes, montrant ma façon de voir la vie. Mon ouverture d’esprit fait que j’ai appréhendé différentes façons de voir la vie et j’en parle à ma manière.

D’où les poupées russes ?

Les poupées russes c’est tout à fait ça, en effet. Toutes ces choses imbriquées les unes dans les autres, qui permettent d’aller vers encore d’autres choses, de creuser toujours un peu plus loin.

Je vois la vie à travers les gens, que ce soit des gens proches, ceux que je croise dans la rue, ceux dont je lis les livres… Et je fais passer ce que je ressens par la musique car c’est le domaine dans lequel je m’exprime le mieux, qui me correspond le plus. L’important, pour moi, est de communiquer avec les autres et moi, je le fais par ce biais-là.

Vous pratiquez la musique depuis longtemps ?

Je fais de la musique depuis que je suis né… Non, ça fait très longtemps que je pratique et que je me fais plaisir en faisant ça. Après, le fait d’assumer complètement cette passion et de partir à fond dedans, c’est venu plus tardivement.

Le succès est arrivé vite, par contre. Comment voyez-vous ce moment de votre vie, maintenant ?

J’avais 20 ans quand tout ça est arrivé. Maintenant, je fais en sorte de bien vivre ce succès. Je suis conscient du fait que j’ai de la chance de faire ça. Le tout est d’utiliser cette expérience au mieux, à bon escient. Je considère que chacun a une place. Il se trouve que j’ai envie de faire du bien aux autres en leur offrant ma musique, mais comme quelqu’un qui, au quotidien, travaille, agit dans ce sens-là, à son niveau. Il y a plein de gens qui font des choses bien, partout.

Vous pensez qu’un artiste peut être porteur de messages ?

Un artiste doit faire passer des messages. En ce moment, pour ma part, le message le plus important que je veux faire passer, c’est : faites attention aux autres. C’est très important, d’autant plus en ce moment où l’on est comme dans un train qui va droit dans le mur et tout le monde dit que ce n’est pas lui qui conduit. On vit tous sur la même planète et si on veut la protéger, ce qui est primordial, il faudrait commencer par faire attention à ceux qui y vivent, qui nous entourent…

Un moment marquant pour vous ? Une rencontre particulière ?

Fréro Delavega a été la rencontre particulière de ma vie, celle qui a changé le cours de mon existence. Après, ce sont tous les gens que j’ai rencontrés pendant cette aventure. Quand le succès est arrivé, que tout a été lancé, on a foncé tête baissée sans trop se poser de questions, comme en aveugle. C’est quand on est parti en tournée, quand ça nous a plus concernés directement, que l’on s’est vraiment rendu compte de ce qui se passait. C’est devenu plus humain, il s’est vraiment passé autre chose. On revient à la communication, que ce soit avec les gens qui nous accueillent que le public. C’est d’ailleurs aussi pour ça que j’ai voulu garder au maximum l’équipe qui a travaillé avec moi sur Fréro Delavega. C’est une vraie colonie qui fait du bien partout où elle passe.

Vous avez envie de connaître à nouveau le succès ?

Je n’ai pas forcément envie du succès que j’ai eu avec Fréro Delavega. Bien sûr je souhaite qu’il y ait le plus de monde possible qui écoute ma musique et qui s’y retrouve. Ce qui me plaît surtout là-dedans, c’est de pouvoir emmener les gens ailleurs, dans un autre univers, de ce que je faisais avant. Après le succès, ce n’est pas vraiment nous qui en décidons.

Vous avez un rêve ?

Un rêve ? Je dirais plutôt une obsession. J’aimerais vraiment savoir ce qui va se passer après, dans 2000 ans. C’est mon plus grand rêve.

Info+ 

► 2 avril - 20h30 • La Coopé - Clermont-Ferrand • www.lacoope.org

Propos recueillis par Corinne Chesne, parus dans Octopus Magazine d'avril 2019