Fabien Marsaud

Fabien Marsaud

huis clos

Le 16  février dernier, le plus connu des «  slameurs  » français proposait son septième album studio dans les bacs : Plan B. Afin de combler les amateurs de poésie contemporaine, Octopus Magazine a sauté sur l’occasion et en a profité pour poser quelques questions à Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand Corps Malade.

 

On n’est pas couché ; TPMP ; Europe 1 ; Canal+ ; France 2 ; Le Parisien… et aujourd’hui Octopus Magazine, c’est gratifiant ?

C’est gratifiant bien sûr. C’est surtout la reconnaissance du boulot sur le dernier album. Un album qui marche bien, dont la presse parle pas mal. C’est aussi gratifiant pour mes musiciens, mon jeune producteur indépendant. C’est une bonne récompense pour toute l’équipe

40 ans, 1,96 m, 12 ans de carrière, 500 concerts, 6 albums, 2 victoires de la musique, 4 nominations aux Césars et même Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres. Des chiffres qui donnent le vertige ?

Pour l’anecdote j’ai même été nommé Commandeur depuis [rires]. Ça fait plaisir et effectivement ça montre qu’en 12 ans on n’a pas chômé mais on s’est surtout bien amusé.

Un grave accident plus jeune, une trachéotomie… votre vie est un perpétuel combat dans lequel vous semblez toujours trouver une issue positive ?

Oui en effet. L’album s’appelle Plan B, et Plan B ça pourrait être un hymne à la capacité d’adaptation de l’être humain. Effectivement je n’ai pas eu que des virages faciles à gérer dans ma vie et j’ai réussi, comme beaucoup, à me relever, à repartir, à trouver un nouveau projet de vie.

C’est un message fort pour les gens et la jeunesse en particulier ?

Si c’est le cas tant mieux. En tous les cas la vie est faite ainsi et il faut souvent savoir s’adapter, il ne faut jamais baisser les bras.

« Patrick » : à l’écoute de cette chanson notamment mais pour bien d’autres également, j’ai eu l’impression de reconnaître les textes de Renaud des années 70-80 ? Un artiste engagé que vous appréciez particulièrement.

Cela m’est souvent arrivé de prendre position sur des faits de société. Sur cette chanson précisément, ce texte a été écrit il y a plus d’un an. À force d’entendre toutes les affaires sur Patrick Balkany, ça m’a inspiré et nous avons même décidé de la mettre sur l’album.

Un nouvel album « Plan B » sorti en février dernier qui s’est placé très rapidement 1er des ventes, ça vous a surpris ?

Oui, on ne peut jamais s’attendre à ça mais encore plus surpris de la position en numéro 1 du single « Dimanche soir ». Pour un album ça m’était déjà arrivé mais pour un single c’est la première fois. C’est d’autant plus surprenant que je ne passe pas en radio, on est rarement sur les playlists. Donc les deux c’est fabuleux.

C’est arrivé pour ce single mais vous pensiez que ça aurait pu être le cas pour un autre titre de l’album ?

Oui ça aurait pu être pour une autre chanson mais effectivement c’est certainement celle que nous avons mise le plus en avant. On a fait un live chez Ruquier et le phénomène a vite pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux. On ne pensait pas forcément que cette chanson serait la plus en vue mais comme quoi, quand on parle d’amour avec beaucoup de sincérité...

La construction de cet album s’est faite dans la douleur, facilement ?

Plutôt facilement car j’écris tout le temps sans attendre de savoir si je dois sortir un album. Même quand je rentre en studio, il arrive fréquemment que j’écrive encore deux ou trois nouvelles chansons. Après on bosse la mise en musique avec Angelo Foley. C’est plutôt facile et fluide comme création, pour nous ça se construit assez naturellement.

Sur le même sujet, comment vous vient l’idée des duos ?

C’est totalement au feeling, au fil de rencontres. Par exemple sur cet album, je fais un duo avec Ehla pour la chanson Poker. Ensuite je lui ai aussi proposé de lui écrire des textes. Idem pour Rachid Taxi avec qui on a également fait un duo.

Des salles de concerts qui affichent complet alors que cet opus n’était pas encore dans les bacs, une surprise ? une pression supplémentaire ?

On a des tournées qui fonctionnent bien à chaque fois mais parce qu’on a fait le choix de faire plutôt des petites salles. On va plutôt choisir un théâtre à Bercy. Un album c’est un prétexte pour aller faire de la scène, c’est là où j’ai l’impression de faire le plus mon métier, c’est la partie la plus agréable pour moi, d’être sur scène face au public.

Un album où l’on vous écoute « chanter » pour la première fois ? Un nouveau plan B dans votre carrière ? Une reconversion de style ?

Oui, on pourrait même dire un plan B’. Ce n’est pas forcément très éloigné de ce que je fais jusqu’ici. Effectivement c’est la première fois qu’il y a de la mélodie dans la voix, c’est une envie qui m’est venue sur scène lors de la tournée précédente.

À ce titre, la chanson Patrick est-elle volontairement « chantée » sur le ton de la dérision ? de la moquerie ?

C’est tout à fait ça. J’ai voulu la faire comme si c’était une petite comptine, une petite berceuse et au final le fond de cette chanson n’est pas aussi rigolo que ça. Je m’interroge sur cette justice à deux vitesses qui peut laisser un élu de la République libre alors qu’il croule sous les accusations pendant que certains font de la prison pour des petits délits.

Dans ce dernier album, une phrase m’a particulièrement touché : « Les plus grands drames sont sous nos yeux, mais il faut qu’on bouge ! » (tiré de Au feu rouge). Ces réfugiés qui mendient au feu, ces SDF qui dorment dans les rues de nos villes… ça vous révolte d’autant plus que les plus riches n’en finissent plus d’être riches ?

Merci pour ces remarques. L’idée était vraiment de parler d’eux. On parle souvent du phénomène des migrants, de comment on peut faire pour les accueillir, on parle d’en expulser, d’en régulariser. On oublie souvent du coup de parler de l’être humain que représente le migrant. Ce n’est pas leur choix de se retrouver à la rue dans un pays inconnu, ils sont là pour essayer de sauver leur peau. J’avais envie de revenir sur leur parcours, sur leur identité, leur pays, leur redonner un prénom, une existence.

«  Sourire à la vie  », une association dont vous êtes le parrain. Au-delà de la cause, cette appellation ne pouvait que vous être destinée ? Un mot sur l’association et sur cette chanson de l’album que vous avez dédié à Issam.

L’association dont je suis parrain est une association EXTRAORDINAIRE et je pèse mes mots. Elle accompagne les enfants malades du cancer depuis le diagnostic à l’hôpital jusqu’à la guérison, la rémission et malheureusement des fois les enfants ne s’en sortent pas. Ils font des choses fabuleuses, ils vont partir prochainement en Laponie faire du chien de traîneau alors que ces enfants sont pour certains en pleine chimiothérapie. Issam c’était une des mascottes de l’association, un gamin qui a lutté pendant des années, un guerrier qui a combattu son cancer jusqu’à l’âge de 17 ans où il a succombé à cette maladie. Ce fut un cataclysme pour l’association et je voulais une chanson pleine de lumière à son image et surtout pas une chanson triste.

J’ai vu un tweet très récemment sur un projet intitulé « La vie scolaire ». Vous pouvez nous en dire quelques mots ?

Oui effectivement, c’est un nouveau projet que nous allons réaliser avec Medhi avec qui on a créé « Patient ». On va le tourner cet été pour un long-métrage qui sortira prochainement.

Votre tournée est loin d’être finalisée et pour l’instant la seule date de la région Auvergne est au Prisme d’Aurillac. Quand aurons-nous la chance de vous voir sur scène à Clermont-Ferrand ?

La tournée va être longue et notre tourneur bosse énormément pour caler tout ça. Il se pourrait que nous passions à l’automne à Clermont, probablement à la Coopé. On vous tiendra au courant [rires] !

Interview réalisée par Sébastien Lê © ZuzanaLettrichova

 

Info+ 

► Album Plan B sorti le 16 février