Maxime Caillet et Frédéric Besnard

Maxime Caillet et Frédéric Besnard

mi-temps

Vainqueurs au Castellet pour la troisième fois (d’affiler !) du Bol d’Argent, course motocycliste d’endurance qui se tient la veille de l’ouverture du championnat du Monde d’endurance – le Bol d’Or – les Clermontois Maxime Caillet et Frédéric Besnard ont accepté de répondre à nos questions, la tête dans le guidon !

 

Bonjour Maxime et Frédéric et félicitations pour votre triplé historique. La course d’endurance, contrairement à la discipline de vitesse, c’est avant tout un sport d’équipe, une course à deux (ou plus). Comment est né votre duo ?

Frédéric : à 17-18 ans, j’ai attaqué mon apprentissage en mécanique moto. Max est arrivé au sein de la concession Aprilia à Clermont en tant que chef d’atelier, c’était mon responsable. On a fait notre première course ensemble en 50 cc (centimètre cube) en 2000… il y a 18 ans. On faisait déjà de l’endurance et on avait déjà gagné dans notre catégorie. On est resté potes et on a continué les courses…

Le 14  septembre dernier, vous entriez dans l’histoire du Bol d’Argent en devenant les premiers pilotes à remporter trois fois d’affiler cette course, prémisse du mythique Bol d’Or. Comment vous êtes-vous lancés dans la compétition ?

Maxime : moi, j’ai fait beaucoup moins de compétition, Fred a commencé plus jeune. Son père était passionné… Alors que moi pas du tout. En plus, j’ai été papa assez tôt donc j’ai dû attendre pour vraiment m’y mettre même si j’ai fait quelques roulages avec Fred. Fred a bien travaillé et est resté dans un team connu, le Viltaïs (team riomois qui participe au championnat du monde d’endurance avec le fameux numéro 333). Mais depuis 2012, je roule beaucoup plus.

En 2016, vous rouliez sur une Yamaha MT-09…

M : en fait, j’ai fait le championnat en 2012-2013 avec une Yamaha FZ8, la FZ8 Cup. J’avais l’habitude de travailler avec Yamaha comme Fred. Au moment du Bol d’Argent, j’ai proposé de participer et en fait, j’avais déjà une MT-09 de prête pour la course. Ce n’était pas vraiment un choix… c’est bien tombé comme ça.

Et du coup Triumph aujourd’hui ?

M : Triumph, c’était plus un choix ! C’est une très bonne moto et disons que nous avons rencontré quelques difficultés avec Yamaha, lors d’essais par exemple, alors du coup on a changé de crémerie.

F : Quand on a gagné avec la MT-09, Yamaha France était sur place mais personne n’est venu nous voir… ils s’en fichaient totalement. Alors que là, avec Triumph, au moment de notre première victoire, les grands patrons sont venus nous voir, nous ont même remerciés et nous ont apporté leur aide et leur soutien par la suite.

M : Sans leur aide, on n’aurait pas fait 2018… financièrement on fait partie des budgets les plus ric-rac…

Justement, parlons un peu des choses qui fâchent : quel est le budget pour participer à une course comme le Bol d’Argent, ouverte aux amateurs ?

M : tout compris, sans l’achat de la moto, c’est une semaine qui vaut, environ, entre 4 000 et 6 000 euros. On se déplace à huit avec le staff mécano…

F : le panneautage, l’intendance, toute la structure complète. Mais ce qui coûte le plus cher ce sont les pneus, l’essence, les consommables… l’engagement aussi qui est très cher : 850 euros juste pour la course.

Le Bol d’Argent est une course d’endurance de trois heures, personnellement, quels ont été (et sont) vos plus grands défis lors de telles épreuves ?

M : quand on fait une course comme celle-là, on y va pour s’amuser avant toute chose. Notre première année au Bol d’Argent, en 2015, on est resté longtemps en tête et on est tombé en panne… et pourtant ça ne nous a pas empêchés de faire la bringue le soir ! C’est vrai que ça nous réussit. Il y a du monde qui nous soutient financièrement donc on se doit de faire un résultat

Concrètement, qu’est-ce que l’on gagne lorsque l’on monte sur la première marche du podium du Bol d’Argent ?

En chœur : une belle coupe en plastique [rires] !

F : la première année de notre participation, il y avait une récompense de 1 000 € pour le premier. C’est l’organisateur qui prenait ça en charge. C’était dégressif. Mais ça, c’était avant. Cette année, l’organisateur ne donne plus rien. Avant il y avait aussi une prime Triumph, mais elle n’existe plus…

Vos voisins moulinois de l’équipe Viltaïs Pierret Experience ont passé un cap cette année. Et vous, des évolutions sont-elles à l’ordre du jour ?

F : on n’a pas le même budget [rires] !

M : les victoires du Bol d’Argent ouvrent quelques portes mais c’est difficile. Fred a déjà fait beaucoup de Bol d’Or et de 24h du Mans donc il est habitué… moi j’aimerais bien le faire au moins une fois. Je trouve péniblement un guidon. Mais là on a peut-être une proposition, quelque chose d’un peu particulier chez Triumph pour faire les 24h du Mans… alors on attend !

F : mais les motos ce sont des roadsters, pas des sportives. Les teams sont un peu frileux parce que certains pilotes sont très bons en roadsters mais il y a un cap a passé pour arriver aux 1 000 cc… ce sont deux pilotages particuliers. C’est vrai qu’on pourrait se dire que les vainqueurs du Bol d’Argent passent au Bol d’Or, un peu comme dans n’importe quel championnat sportif, mais non en fait pas du tout. C’est surtout une question de budget… d’argent.

Du coup, que conseilleriez-vous à un jeune qui souhaite se lancer dans le monde de la course moto ?

M : il y a des petits championnats comme le 25 Power, qui permet à des jeunes de 7 à 14 ans de se mettre à la compétition. Le 25 Power, c’est un championnat de France dans lequel ils limitent les puissances des motos entre 15 et 25 cc, selon des catégories d’âge, et font rouler les jeunes sur des circuits de karting. En Auvergne il n’y a pas d’école mais c’est un projet que l’on a avec d’autres copains pilotes. Mais c’est très compliqué avec un besoin de nombreux agréments…

Quelle est la suite du programme pour vous ?

M : on cherche des sponsors pour faire les 24h du Mans… les 24h du Mans sont au mois d’avril et ça va venir vite…

F : en plus l’engagement est dans pas si longtemps…

M : après, le fait d’avoir gagné le Bol d’Argent ou du moins d’y participer nous aide dans le sens où nous avons déjà quelques sponsors. Mais Triumph n’est pas un fabriquant de motos sportives, à la base. Certes, il fabrique un moteur qui va être utilisé par les Moto 2 (catégorie intermédiaire du championnat du monde MotoGP) donc, une moto plus que sportive… Même s’ils veulent nous aider, malheureusement, ils ne peuvent pas faire grand-chose… C’est compliqué d’aller chercher une autre marque alors qu’on a un partenariat avec Triumph.