Jahneration

Jahneration

huis clos

Du Reggae, un soupçon de Hip-Hop, une touche d’électro, du positivisme et une proximité avec le public : c’est cela Jahneration. Depuis 2009, Théo et Ogach apportent un souffle nouveau à la scène reggae française et vous le prouveront dès le 20 avril, à la Coopérative de Mai.

 

Bonjour Théo & Ogach. Vous formez à vous deux, et ce depuis 2009, Jahneration. Mais qu’est-ce que « Jahneration » ? D’où vient ce nom ?

Jahneration est un groupe de reggae/hip-hop de la banlieue parisienne, créé effectivement vers 2009. On a découvert le reggae à travers des messages « rasta » et cette spiritualité nous a touchés à ce moment. C’est pourquoi on a voulu faire un clin d’œil à cette culture via notre nom pour se rappeler que cette musique est une musique forte avec un message.

Question bête mais question quand même : pourquoi le Reggae ?

Le Reggae c’est d’abord quelque chose de physique, instinctif. C’est une basse qui envahit tout ton corps et une sorte de trans qu’on ne retrouve qu’à travers cette musique ! Et c’est ça qui nous a séduits, avec aussi le message évidemment. C’est une musique universelle, positive, et c’est pourquoi on a choisi de se lancer. On avait envie de changement à l’adolescence et cette musique s’est imposée naturellement.

Jahneration ce n’est pas seulement du Reggae. Vos sonorités naviguent entre la musique jamaïcaine et des beats un peu plus hip-hop, voire dub. Comment est né ce mélange de sons ?

On a toujours eu beaucoup d’influences différentes. Du coup, on a voulu les intégrer dans notre musique. C’est le point positif du reggae : intégrer plein de sonorités est tout à fait possible. On ne pouvait pas se cantonner juste au reggae. Le défi de la musique, c’est de se démarquer, trouver son univers. Et dans le reggae aujourd’hui, il y a beaucoup d’artistes très talentueux. C’est pourquoi on essaie aussi de trouver notre place en intégrant toutes nos influences. On écoute aujourd’hui beaucoup de hip-hop, de rock encore, et tout cela trouve sa place dans notre musique.

Le Reggae dispose d’une certaine histoire, d’un spiritualisme plus présent que dans d’autres genres musicaux, notamment par rapport au « Jah » du Rastafari. Est-ce quelque chose qui compte pour vous ?

Comme on le disait plus haut, cette spiritualité nous a vraiment touchés lorsque nous découvrions cette musique. Aujourd’hui, on ne se considère pas « rasta », mais on se sent toujours très proche de ce message. Il restera toujours cet esprit d’unité et de partage dans nos chansons, quel qu’en soit le thème.

Comment deux parisiens (qui jouaient du rock au lycée d’après ce que j’ai lu…) se sont lancés dans une telle aventure ?

On avait juste envie de changement ! C’était le moment ou nos groupes se séparaient, et on avait envie de construire quelque chose tous les deux. On ne savait pas encore, au moment de la formation, quel genre de musique nous allions réellement jouer… Puis nous nous sommes mis à tester une rythmique reggae en répétition et là… On s’est dit : « pourquoi pas ! ». C’était le moment où des jeunes comme Naâman et Biga Ranx se lançaient également, c’est pourquoi on s’est dit que c’était possible.

Lorsque l’on se renseigne sur votre histoire, les réseaux sociaux reviennent souvent comme l’outil qui a permis votre « lancement ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est l’outil numéro un pour les artistes émergents et indépendants. On ne peut pas s’en passer et cela reste un vrai atout encore aujourd’hui. N’étant pas mis en avant par les médias traditionnels, on a fait nos armes sur ces plateformes (Facebook, Youtube…) en créant un lien direct avec notre public. On aime beaucoup cette proximité avec nos supporters, car elle installe un lien fort entre eux et nous. On s’exprime comme on est, on essaie d’être au plus proche de notre public car c’est une de nos plus grandes forces.

Vous êtes entourés de quatre musiciens sur scène. Ce sont les mêmes qui vous accompagnent en studio ?

Ils ont effectivement une place dans notre premier album mais la majorité de la musique a été composée par Théo et moi, dans notre studio. Ils interviennent en tant qu’arrangeurs et effectuent des retouches sur les morceaux. En revanche, le live leur laisse une plus grande part de liberté et c’est vraiment là qu’ils s’expriment le mieux.

Faire de la musique à deux (ou six) peut paraître… difficile. Comment se déroule votre processus d’écriture ?

C’est assez simple finalement. Vu que nous ne sommes que deux à être les directeurs artistiques, tout va assez vite. L’un ou l’autre propose une instrumentale, on la travaille, puis chacun écrit ses textes après que l’on se soit mis d’accord sur un thème. Le plus dur est finalement de trouver le temps pour se poser et faire tout ça…

Fin 2016, après quelques EP, vous sortiez votre premier album (réédité il y a presque un an jour pour jour) éponyme. Le deuxième est pour bientôt ?

Le deuxième album officiel n’est pas encore pour tout de suite, on s’y penchera sérieusement à la fin de notre tournée, à partir d’octobre 2018. En revanche, nous avons créé un nouveau concept appelé « Mic Sessions » au sein duquel nous créons des morceaux avec des invités surprises. Du coup nous sortirons très prochainement un album « concept » regroupant toutes ces « Sessions ».

À part la vôtre, quelles histoires racontez-vous dans ce premier album ?

Cet album reflétait en effet surtout l’année que nous avions passée. C’est notre regard sur ce qui nous entoure, comment on ressent les choses. Les thèmes abordés étaient vastes, de l’égo-trip simple aux attentats, de l’amour à la consommation de drogue… Le message est globalement toujours positif.

Quels artistes et autres groupes qui vous ont inspiré ?

Beaucoup de reggae jamaïcain, la nouvelle scène comme Kabaka Pyramid ou Chronixx nous inspire beaucoup. En 2011, un album marquant est sorti : il s’agit de « Distant Relatives » de Nas et Damian Marley. Cet album mélange beaucoup de reggae et de hip-hop et il a eu une grande influence sur nous. Sinon, vraiment de tout… Du Hip-hop, du rock, du punk-rock, du métal même… Comme du vieux roots jamaïcain, ou du rap français. On est des vraies éponges !

Vous écoutez quoi en ce moment ?

Le nouvel album de Chronixx ! Absolument fabuleux. Sinon, beaucoup de Rap US et du Dancehall, parce qu’on revient de Jamaïque… [rires]

Vous avez même assuré une tournée en Inde. Ce n’est pas le premier pays auquel on pense lorsque l’on parle de Reggae. Comment êtes-vous arrivé à immiscer Jah au pays de Shiva ou de Ganesh ?

C’était une belle opportunité à saisir, l’Inde ne s’étant ouverte que récemment aux musiques actuelles occidentales dont le reggae. On a joué devant des gens qui ne connaissaient pas ou très peu cette musique. C’était une expérience géniale. Nous n’avons eu que des bons retours à la fin des concerts. C’était notre premier voyage et on était ravis de l’avoir accompli dans ce pays.

Vos chansons sont chantées en anglais et sont également composées de quelques phrasés en patois jamaïcain. Avez-vous appris ce patois ?

On essaie… On pensait avoir de bonnes bases avant d’arriver à Kingston, mais on a compris que la route était encore longue ! C’est une langue superbe et rythmiquement très intéressante. C’est comme un instrument de musique pour nous. On s’entraîne un peu chaque jour pour être meilleur le lendemain.

Pour conclure et en trois adjectifs : c’est quoi un concert de Jahneration ?

D’après ce que notre public nous dit… Je dirais dynamique, fédérateur et généreux. Merci à eux, et merci à vous pour votre intérêt !

Interview réalisée par Vicenzo Caruso © Emma Birski​

 

Info+ 

► 23 avril - 20h30 • La Coopé (Clermont-Fd) • 04 73 144 808